Le Management à la Deschamps

Alors que la France fête son titre de Champion du Monde 2018, les choix du sélectionneur national font office de cas d’école managériaux. Tout au long de la compétition on retrouve une gestion de situation de crise, une cohésion du groupe privilégiée, un pari sur la jeunesse, un respect des échéances et une culture de la différence facilement transposables aux enjeux managériaux des entreprises.

 

Adrien RABIOT, une situation de crise

Le 17 mai dernier, Didier DESCHAMPS annonce la liste des 23 joueurs retenus pour le mondial  de football. Adrien RABIOT, milieu de terrain du Paris Saint-Germain, n’y figure pas et est amené à intégrer le banc des 11 réservistes. Ce dernier n’acceptant pas la décision du sélectionneur, le notifie par e-mail de son refus d’incorporer la liste des suppléants. S’ensuit une polémique, qui trouvera son point d’orgue dans la publication d’une lettre ouverte d’Adrien RABIOT dans un média national. Dans une entreprise, cette situation peut prendre différentes formes. On peut prendre l’exemple concret ici du manager qui dispose de plusieurs collaborateurs candidats à une promotion, et qui n’organise pas des entretiens individuels avec les personnes non retenues, avant d’annoncer sa décision.

Ces situations sont des moments opportuns pour le manager d’affirmer son autorité, à l’instant adéquat et avec une posture adaptée. Le manager peut ressentir un certain nombre de projections négatives et anticipe alors les réactions potentiellement houleuses du collaborateur. Les managers ont souvent peur des réactions de leur interlocuteur.  La tentation d’utiliser une tierce personne pour notifier indirectement son choix est alors grande. Le manager se doit dans cette situation d’aller droit au but et de le faire en personne. Il doit expliquer ses choix et faire preuve d’empathie à l’égard de son collaborateur. Il doit amener des critères permettant d’expliquer, et non de justifier, une décision donnée.

 

Favoriser le groupe au détriment des individualités

La liste des 23 joueurs retenus pour disputer la Coupe du Monde ne déroge pas à ce principe, le sélectionneur national s’est de nouveau passé d’éléments comme Karim BENZEMA ou Frank RIBERY. Ces deux pointures du football français, bien que bénéficiant d’une reconnaissance considérable sur la scène internationale, pouvaient nuire à la cohésion du groupe. Didier DESCHAMPS a donc voulu prioriser les joueurs ayant l’amour du groupe, même si ils sont moins talentueux. Le manager ne doit  pas hésiter à écarter un collaborateur, à partir du moment où c’est un électron libre ou bien un élément perturbateur. Il est important de ne pas mettre l’accent sur les profils les plus talentueux, les plus charismatiques ou les plus populaires. C’est cette valorisation du personnel impliqué et de la cohésion de groupe, critiquées durant les premières phases du mondial, qui aura conduit l’équipe de France à la victoire.

 

Le pari de la jeunesse

Comme tout manager Didier DESCHAMPS n’a fait que s’adapter à la conjoncture actuelle et à son environnement. Il dispose maintenant d’un vivier de jeunes talents prometteurs qui sont en train de monter en puissance. Son but étant toujours de trouver la meilleure équipe possible et de créer une alchimie. Le choix de Benjamin PAVARD recoupe l’image d’une entreprise qui recrutera plutôt des jeunes sortis d’école, avec un fort potentiel, pour les former en interne à ses pratiques, plutôt que de recruter des salariés expérimentés. Lui qui était il y a de ça 6 mois inconnu et évolué en D2 Allemande, a pu grâce à ce pari de Didier DESCHAMPS exprimer son talent et participer à la victoire de la France.

 

Le respect des échéances

Difficile d’oublier la blessure de Dimitri PAYET, star de l’Euro 2016, qui a conduit le sélectionneur national à s’en séparer avant le début de la compétition. Le joueur de l’Olympique de Marseille n’était pas assuré de pouvoir participer à 100% aux phases de préparation du Mondial. Cette situation est comparable à la position du chef d’entreprise qui doit livrer son client en temps et en heure. Le monde de l’entreprise est une somme de ressources humaines. Si un jour quelqu’un tombe malade, il faut continuer d’avancer et livrer ses produits. Le parallèle entre les réservistes établis par l’entraîneur des Bleus et les PME qui ont recours aux agences d’intérim est là aussi probant. Il s’agit de piocher des éléments qu’on connaît un petit peu, immédiatement opérationnels. C’est un moyen de remédier aux absences tout en permettant de s’imprégner de la culture de l’entreprise.

 

Une culture de la différence

Comme Didier DESCHAMPS il est important pour tout manager de mettre en place une culture prônant la différence. Embaucher des profils atypiques, faire confiance à des personnes qui ont des expériences variées, des cultures différentes. Les faire évoluer pour qu’elles puissent acquérir un savoir-faire, une légitimité dans leur métier. Des collaborateurs provenant d’horizons culturels différents offrent des points de vue et des expériences multiples permettant aux organisations d’étendre leur champ d’action. Cette capacité à exploiter la diversité culturelle en entreprise est liée, en premier lieu, à l’instauration d’un climat propice aux échanges. C’est ce qu’a fait Didier DESCHAMPS tout le long du mondial, en créant des synergies entre des joueurs provenant de club différents. Tirant profit des styles de jeu et des méthodes d’entraînement différents et les réunir sous le maillot de l’équipe de France.